Progressivement, sa sensibilité aux histoires que racontent les formes du vivant mène Dainche vers d’autres voies artistiques. Chez lui, un rocher, un tronc foudroyé ou une chouette en terre cuite ne sont jamais de simples motifs : ce sont des dépositaires de mémoire, des « témoins surprenants » d’une histoire plus grande que la sienne, celle des montagnes « de tremblements anciens et monstrueux », des ancêtres, des arbres qui ont veillé sur son enfance comme des membres de sa famille. Son travail puise dans les souvenirs d’enfance passés à observer l’écorce des grands pins, la foudre qui balafre un tronc, l’ombre qui s’allonge le soir et transforme ce vécu intime en un langage universel, où « nos vies petites et courtes sont miroirs et symphonies, écho de l’histoire de nos ancêtres sur cette terre ».
Cette exploration du monde végétal et animal se déploie dans plusieurs registres à la fois, que Dainche ne cherche jamais à réconcilier de force. Tantôt poétique et cosmique, les nuits étoilées et planètes froides de ses acryliques, les reflets et mirages de ses sculptures de pierre, où la matière semble suspendue entre le minéral et le céleste. Tantôt inquiétant, presque habité, comme dans sa série de Monstres à l’encre noire du Japon, où des présences indéfinissables surgissent du noir absolu, entre l’animal, le végétal et le rêve mauvais. Tantôt tendre ou facétieux enfin, dans son bestiaire de céramique peuplé de chouettes, de bustes et de créatures imaginaires, où l’humour et l’enfance affleurent sans jamais tomber dans la légèreté gratuite. D’un même geste, Dainche peut rendre hommage à un arbre centenaire abattu par la foudre et faire surgir une créature cocasse d’une motte de terre cuite : deux façons, aussi sérieuses l’une que l’autre, d’interroger ce qui nous relie au vivant.
Les aquarelles occupent, dans cet ensemble, une place à part : plus intime, plus nocturne, souvent traversée par les sentiments plutôt que par les éléments. Les titres à eux seuls dessinent un territoire, nuits précieuses ou brûlantes, nuits blanches et nuits d’été, regards des autres, soupirs et rêves, promesses du soir, amours orageuses ou increvables comme dans Blood Love et You Stop My Heart. On y croise des visages, des yeux, des bouches qui se taisent ou qui appellent, des figures « farouches » ou « bienveillantes », parfois les deux à la fois. La technique elle-même porte cette tension : le lavis d’aquarelle, fluide et incontrôlable, est retenu par le trait sec du rotring ou du feutre, qui vient cerner, structurer, presque discipliner l’émotion sans jamais l’éteindre. Cette rencontre entre la coulure et la ligne, entre l’abandon et la précision, fait des aquarelles le lieu où l’univers de Dainche se raconte le plus directement à la première personne: un journal intime peuplé de créatures, de nuits et de sentiments, où chaque feuille tient à la fois du carnet et de la confidence.
Cette diversité de tons ne relève pas de la dispersion : elle traduit une même recherche, celle d’une vérité d’expression plutôt que d’une esthétique de surface. Rendre hommage à un arbre centenaire abattu par la foudre, faire naître une figure imaginaire d’une motte de terre cuite, ou fixer sur le papier l’empreinte fugace d’une nuit ou d’un regard : ce sont, à chaque fois, des façons différentes d’interroger le lien sacré, presque animiste, qui nous relie au monde qui nous entoure et à ceux qui l’ont habité avant nous.
EXPOSITIONS
Mai 2024 Terres, Galerie Nathalie Rives, Lyon, France
Novembre 2023 Crépuscule, Galerie Nathalie Rives, Lyon, France
2020 - 2023 Parenthèse enchantées, OAK Galerie, Toulouse, France
2019 Inside Gallery, Claude Cartier, Lyon, France Biennale art contemporain, Salle des Rancy, Lyon, France
2018 Café Tulipe, Avignon, France
2017 La Table, Maison Hand, Lyon, France
2016 Le Télécabine, Lyon, France Outdoor, Dainche / Graffmatt, Chambéry, France
DAINCHE - Artiste plasticien / Architecte paysagiste basé à Lyon